2000 DT de salaire en 3 ans… Un enseignant raconte son calvaire dans l’étatique

Depuis de longues années, l’enseignement, au même titre que de nombreux corps de métiers, est confronté à des contraintes budgétaires sans précédent. Un silence de plomb semble pourtant étouffer les plaintes des enseignants, particulièrement touchés par le manque de moyens.

Nous avons rencontré Yassine (le prénom a été changé), qui a voulu nous faire part de son témoignage. 

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter?

J’ai 37 ans, et mon premier métier n’est pas l’enseignement. Je vis en effet d’une autre activité qui est soumise à des effets de saisonnalités. Et, comme cela impacte mon budget, j’ai décidé il y a quelques années de me tourner vers l’enseignement, étant par ailleurs détenteur d’une licence.

Quelle a été votre expérience?

Au début, il était prévu que j’assure 14 heures de cours par semaine pour une rémunération de 400 dinars par mois, en qualité de contractuel. J’ai donc été invité à suivre le parcours administratif classique, à savoir renseigner une procédure contractuelle devant être validée par le Ministère de l’Enseignement.

C’est là que les ennuis ont commencé. En effet, je n’ai pas perçu un seul salaire de toute ma première année d’enseignement. Et pour tout vous dire, entre les besoins de l’établissement et mon engagement auprès des élèves, il n’était pas rare que j’assure jusqu’à 45 heures par semaine ! 

Or, à l’issue de la première année, on m’informe que le Rectorat n’a toujours pas retourné mon contrat, et que je suis considéré comme vacataire. Aussi, on m’annonce que je serai bien contractuel à compter de la deuxième année.

Que s’est-il passé ensuite ?

Malheureusement, les choses n’ont fait qu’empirer. Alors que les retards de salaires s’accumulent, on m’informe à la fin de la deuxième année que le contrat que j’ai signé n’a plus cours juridiquement, et que je suis “rétrogradé” à un niveau de salaire inférieur. Ce n’est qu’en cours de troisième année que je finirai par percevoir la somme de 2000 dinars, après avoir travaillé deux ans et demi sans rémunération. On est vraiment très, très loin de ce que j’ai donné pendant toutes ces années !

Finalement, j’ai décidé de ne pas continuer dans cette voie, car aucune évolution positive ne semblait s’annoncer. 

Comment comprenez-vous cette situation ?

D’abord, j’aimerais saluer tous ceux qui vivent le même calvaire que moi. Mon cas n’est absolument pas unique. En réalité, les contractuels représentent une part très importante du corps enseignant en Tunisie. Je considère même que le système repose sur eux. Et si l’Etat entretient ces pratiques, c’est pour ne pas avoir à payer les niveaux de salaires correspondant aux statuts de doctorant ou d’assistant universitaire.

Cette situation est d’autant plus difficile à avaler que nous voyons se créer des postes insensés à l’administration. En effet, des personnes sans qualification se sont vues attribuer des postes pour des raisons totalement déconnectées des besoins de la faculté tunisienne, notamment sur la base de politiques de retour à l’emploi de personnes restées à l’écart du marché du travail.

J’ai même le souvenir d’une personne qui n’avait l’air d’être là que pour tamponner. Je crois bien que ce monsieur ne savait même pas envoyer un email…

Pourquoi avoir voulu nous raconter votre histoire?

Parce que nous sommes nombreux à l’avoir vécue et à la vivre encore. Les enseignants vacataires méritent mieux que cela. Et l'Éducation Nationale aussi ! Je suis parfaitement conscient des difficultés économiques que traverse notre pays, et je comprends qu’il soit difficile de trouver les budgets adéquats, mais l’éducation n’est-elle pas l’avenir de la nation? 

© Photo extraite de Pixabay



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